14 juin 2011

Le progrès fait trop de vagues à Venise

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Dans Venise la rouge, pas un bateau ne bouge... La rime n'est pas des plus élaborées mais le génie d'Alfred de Musset fait de ces vers une clé pour nos mémoires. Fermant les yeux, le lecteur voit le môle au petit matin nimbé d'un léger brouillard aux senteurs primavériles, que percent peu à peu les rayons incarnats du soleil. Sur l'eau qui scintille, les gondoles immobiles attentes le réveil. Mais soudain, un bruit étrange, mélange de pétarade et d'eau qui bruisse sort le lecteur de sa rêverie. Une vedette de la police ou bien est-ce un taxi, fend l'eau du bassin à grande vitesse, créant tout autour de son sillage des vagues de plus en plus hautes, l'eau rouge il y a un instant comme un miroir pour le soleil levant devient verte, puis noire et l'écume blanche et mousseuse éclate comme de rage sur la bordure de pierre des Esclavons, comme une protestation rageuse. La réalité éloigne la paisible vision de Musset : le moto ondoso est un poison pour la cité lacustre. Les flots remués trop fréquemment attaquent les fondations mêmes de la cité des doges, les fonds bouillonnent et ce bouillonnent se répand jusqu'aux confins de la lagune, remuant les sols, dérangeant tout ce qui tente de vivre dans ce milieu aquatique fragile qui se meurt peu à peu par la faute des hommes qui pourtant lui doivent leur existence. Qui n'a pas été témoin de ces pétaradantes cavalcades des bateaux à moteur, secouant violemment les bateaux accostés le long des canaux, arrosant les passants marchant trop près du bord au Rialto ou à San Marco ? Qui n'a pas vu de ses yeux le déplorable état des soubassements en pierre d'Istrie ou en marbre rongés par une terrible gangrène aggravée par ces vagues sacrilèges. Pompiers, police, ambulances, mais aussi livreurs, taxis, particuliers forçant leurs moteurs surpuissants comme les petits ruffians le font avec leur mobylette dans les rues des banlieues ou plus tard leur BMW ou leur Golf GTI flambant neuves, les vénitiens sont eux-mêmes responsables de ce moto ondoso catastrophique pour la ville et cela dure depuis que le moteur est apparu.

On connait les solutions. Verbaliser là comme ailleurs ne suffit pas pas plus que la limitation de vitesse, et on ne peut évidemment pas revenir aux seules embarcations à rame (quoi que parfois je me demande...). Mais il existe des moteurs électriques assez puissants pour déplacer de grosses barques mais dont la conception évite les remous, pour les déplacements lagunaires extra-urbains, les bateaux sur coussin d'air sont parfaitement adaptés, silencieux, rapides, ils n'ont qu'un impact très minime sur l'écosystème et ne dérangent aucunement les habitants - les survivants - sous-marins de la lagune. Là comme ailleurs, c'est de gros sous dont il s'agit et d'intérêts, de profit et aussi d'égoïsme. Interrogés, les bateliers concernés répètent toujours le même discours : "ce n'est pas que moi", "je ne suis pas tout seul", "il faut bien aller vite si on veut faire notre travail", etc... Là aussi, il faudrait un référendum d'initiative populaire pour forcer les autorités à prendre les mesures qui s'imposent. Pour qu'un jour, le passant puisse dire en se remémorant les vers du poète : "Mon dieu, comme Musset a bien dépeint Venise avec ces deux vers"...
photographies : © Marco Zanon.

2 commentaires:
Douille a dit… 
Sans, pour autant, vouloir prendre la défense de ces vils margoulins, force est de constater que comme toujours à Venise nous sommes "le cul entre 2 chaises"... J'aimerais bien aussi préserver la ville et mettre tout le monde à la barque à rame, mais c'est pas possible, ces gens travaillent!!! Contrairement à nous qui allons à Venise pour glander! Tout ce qu'on aime à Venise y arrive par un bateau à moteur, qu'on se le dise! Mon dernier repas si typique au Rioba (que je recommande), n'était que des produits livrés en bateau... 
14 juin, 2011  

Lorenzo a dit… 
Douille, personne ne souhaite revenir aux galères et autres barcasses. Le moto ondoso est l'exemple même de l'abus ces gens qui poussent au maximum la vitesse de leurs puissants moteurs causent de graves dommages à la ville et la règlementation n'est pas respectée. Ni les vaporetti ni les barques à moteur qui respectent la limitation de vitesse sont en cause. Heureusement que le bateau reste le moyen de transport mais il y a de plus en plus de trafic et de plus en plus d'excès de vitesse. On sait aujourd'hui que ces vagues sont très dangereuses pour les fondations de la ville.Sans remettre en cause la motorisation des embarcations, il s'agit de rappeler chacun à sa responsabilité qui non seulement finit par coûter cher à la collectivité mais aussi met en danger le patrimoine artistique de la ville. C'est un peu comme ces gens qui font du jogging dans un jardin public et courent chaque jour sur le bord de la pelouse. ils sont un puis deux puis dix puis cent et en quelques semaines il n'y a plus de pelouse. Quand on leur fait remarquer la disparition de la pelouse à l'emplacement de leur passage, tous répliquent en chœur "nous ne sommes pas les seuls" ou "ce n'est pas moi"... Que répondre à cette terrible inconscience ? Il en est de même pour le moto ondoso évidemment aggravé par la vogue de smoteurs puissants et le goût pour la vitesse (car s'il y avait seulement les ambulances, les taxis et les pompiers,mais il y a surtout les particuliers qui se font plaisir en poussant des pointes sur le grand canal comme ailleurs ils le font avec leur voiture !)  
14 juin, 2011

Venise à Bordeaux, le retour de l'ambassadeur


Photographie © Pierre Paréja - Tous Droits Réservés.
Pendant 25 ans, il y eut à Bordeaux une élégante petite boutique dans le quartier Saint Pierre à l'enseigne de Marco Polo. Sa fondatrice en avait fait une sorte d'ambassade de la Sérénissime. On y trouvait tout l'artisanat vénitien - l'authentique - signé des meilleurs : masques, cadres et miroirs, vases, lustres et lampes, bracelets, colliers et pendentifs. Les plus grands noms étaient représentés et toutes les bourses pouvaient s'y satisfaire, depuis les bagues en verre colorés jusqu'aux lustres à girandoles entièrement soufflés à la main, en passant par la verrerie de Nason & Moretti, des vases et des lampes de créateurs, de Fortuny à Hans Peter Neidhard, le fondateur de Dimensione Vetro. Mais vingt cinq ans c'est long et Claire Normand décida il y a un an de fermer boutique pour pouvoir enfin disposer de temps pour elle entre Venise et le bassin d'Arcachon où elle décida d'acquérir une petite maison. Et c'est là que l'histoire devient comme un conte, de ceux qu'on écoute au coin du feu dans les maisons perdues dans les îles de la lagune. Cherchant la maison qui lui conviendrait le mieux, la fondatrice de Marco Polo se décide sur un coup de cœur. Elle rencontre les propriétaires, Sabine et Brigitte, deux jeunes femmes qui souhaitaient changer de vie. Elles avaient fait le tour des charmes de leur profession et envisageaient une reconversion. Ensemble. C'est là que le miracle se produisit. Claire leur parla de sa boutique, de Venise, de l'artisanat de Murano, des artistes faiseurs de masques traditionnels...
Ces dames ne réfléchirent pas des mois. Elles demandèrent à Claire de les introduire chez ses ex-fournisseurs, de les aider à se lancer et elles dénichèrent dans le vieux Bordeaux, à deux pas de la rue où se tenait l'ancienne boutique, un superbe local. Sabine et Brigitte étaient fin prêtes pour le grand saut. Il ne manquait plus que le voyage à Venise, une véritable initiation pour ces jeunes femmes qui découvraient, émerveillées, la Sérénissime et son art de vivre. Accueillies chaleureusement par tous, elles tombèrent sous le charme. Après quelques semaines de travaux, Marco Polo, le second du nom est ouvert au public pour le bonheur d'une clientèle qui avait vu avec tristesse le rideau tomber sur la petite boutique de la rue du Parlement Saint Pierre.

Vous ne pouvez pas le manquer, le nouveau magasin est situé au 4 rue des Lauriers, entre la rue Saint Rémi et la somptueuse place du Parlement. Si vous êtes à Bordeaux, ou quand vous vous y rendrez, allez y jeter un coup d’œil, vous ne serez pas déçus ! Et si elles ont le temps, les nouvelles ambassadrices de Venise se feront un plaisir de trinquer avec vous. Le Prosecco n'a plus de secrets pour elles, non plus que le spritz qui les a conquis, au point que le restaurant italien voisin a ajouté l'apéritif vénitien à sa carte. Au Campari seulement pour le moment.

Marco Polo
4, rue des Lauriers
33000 - Bordeaux
05 56 81 53 76
contact @marcopolovetro.com

3 commentaires:

ladivinecomedie a dit…
" Un Spritz campari seulement" ! Pourtant de l'Aperol, on en trouve facilement en France maintenant ;-)
http://www.nicolas.com/fr/_18_17_8294_aperol.htm

Lors de mon dernier passage à Bordeaux, après avoir acheté quelques livres sur Venise aux bouquinistes de la Halle des Chartrons, j'ai découvert non loin une sympathique épicerie italienne La Bocca (78 bis Rue Notre-Dame).http://www.epicerielabocca.com/
Mais je ne manquerais pas de faire un tour à votre adresse lors de mon prochain séjour bordelais !
Lorenzo a dit…
merci pour cette adresse. Il y en a quelques unes d'autres dans la ville depuis quelques années ! Evviva Italia !
Maïté a dit…
Dommage pour le spritz à Bordeaux...à quand le Lillet à Venise ! Bonne soirée, a presto !

Venise en juin avec Henry James


© Stefano Neno - Tous droits réservés

[...] Pour ce qui est de venir à Venise, si vous le pouvez, je n'ai qu'une seule réponse, enthousiaste : oui, mille fois oui. Ce serait pour moi, dans certaines circonstances (si j'étais libre, et ma vie, sur cent autres points, différente) la solution de tous mes problèmes et la consolation de mes jours déclinants. Jamais la ville entière ne m'a semblé plus délicieuse, plus chère, plus divine. elle laisse tout le reste loin derrière. Je voudrais pouvoir rêver de venir m'y mettre dans mes meubles [...], près de vous. Je caresserais cette idée avec un attendrissement bouleversé. Que vous êtes heureuse de pouvoire envisager un tel bonheur !..."
Henry James, 
Lettre à Laura Wagnière-Huttington, 
23 juin 1907

Venise, le résultat du moto ondoso

On pourrait publier des milliers de clichés des conséquences du moto ondoso. Celui-ci est un exemple flagrant des conséquences indirectes de cette maladie des temps modernes, la vitesse. Ce pontile placé sur le grand canal non loin du Rialto est agressé jour et nuit par les vagues que provoquent les embarcations à moteur à grande vitesse. Cela ne se voit pas tout d'abord, puis peu à peu les dommages apparaissent. Conjugué à la pollution des eaux, à la pourriture naturelle, les poteaux de bois résistent mal. Au point que certains envisagent de les remplacer par des poteaux moulés... en plastique ! Mais il en est de même pour les pierres qui soutiennent les quais ou forment les soubassements des édifices de la ville.
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