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22 janvier 2020

Trop de touristes ça tue le tourisme ou pas ?



Question fondamentale que devraient se poser toutes les villes du monde qui sont envahies périodiquement pour certaines, en permanence pour les autres. Cet afflux quasi permanent de hordes que nous dénonçons depuis le début sur ce blog est-il bénéfique ou bien seulement toxique, éminemment nocif pour les autochtones et leur quotidien ? Difficile sujet finalement car il ne s'agit pas de toucher à la liberté de mouvements des gens, à leur envie de découvrir à leur tour les merveilles que recèlent notre planète. 

© Tramezzinimag - 01/2020.
J'étais hier matin sur une terrasse au soleil, quelque part dans un quartier relativement excentré de Venise. Une lumière exquise sous un froid de canard, les montagnes enneigées à l'horizon (moins blanches que l'an passé à la même période cela étant) des vols de cormorans pour rayer un ciel bleu sans nuage. Je me prends souvent dans ce lieu le matin pour lire les journaux avec un macchiatone bien chaud et des croissants fourrés que je passe prendre chez Rosa Salva (avec souvent un premier macchiato au comptoir dans cette fameuse pâtisserie située au pied de la statue du Colleone. Un de mes rites vénitiens, comme les tramezzini partagés avec les chats de l'Ospedale voisin. Mais là n'est pas mon propos (J'en reparlerai dans un prochain billet.)

J'étais donc attablé au soleil, quand deux français se sont installés à quelques tables de moi. Je n'écoutais pas particulièrement leurs propos mais soudain une phrase impossible à entendre sans réagir m'a poussée à intervenir (en français). Dans ces cas, je prensd inconsciemment une voix un peu différente et avec un accent italien, voire vénitien - serai-je prétentieux en fait ? - en m'excusant de me mêler de la conversation, j'essaie de rétablir la vérité. L'homme, habitant à Barcelone racontait qu'il n'avait rien mangé de vraiment bon ici et que tout était cher. La jeune femme, sa sœur ai-je appris un peu plus tard et qui vient de Beaune, temporisait les critiques. "Tu comprends dit-il, ici on me parlait de délicieux tapas mais je n'en ai pas vu dans les restaurants".

A deux pas d'ici, le long de la Fondamenta de la Misericordia, à Sant'Alvise, une pléthore de cafés et d'osterie, d'enoteche, propose chaque soir des centaines de kilos de ciccheti, nos tapas à nous pour accompagner les centaines d'hectolitres de vins blancs et rouges, de bières et de spritz qui sont consommés par les vénitiens et les étudiants premiers animateurs de ces lieux,sans parler des concerts et bœufs improvisés très souvent, folk, blues et jazz, mais aussi depuis quelques années de musique baroque avec le désormais fameux Bacharo Tour, joli et ingénieux jeu de mots sur le Bach des cantates et le terme bacaro qui désigne en vénitien ces bars où on se désaltère et mange dans façon depuis des siècles. Je leur ai parlé de tout cela. Encouragés, ils m'ont demandé quel conseil pour le temps qu'il leur restait à Venise (l'après-midi). A l'albergo où l'homme avait logé, on lui avait conseillé l'inénarrable - et doté de vraiment peu d'intérêt - un musée privé consacré à la torture et aux mystères, un truc pseudo-culturel attrape-gogos fort cher au demeurant pour ce qui est proposé aux visiteurs...



Cela m'a fait penser à cette émission que diffusa France-Culture l'été dernier. Elle est encore disponible en podcast (ci-dessus). Un point de vue et des échanges intéressants. 

Beaune, Venise, Bordeaux, des villes bien différentes mais liées par le même "contrat" avec l'UNESCO, dont l'inscription au Patrimoine de l'Humanité renforce l'attirance des touristes, amenant de plus en plus de visiteurs qu'il faudrait préparer, accompagner dès avant leur séjour. la jeune femme de Beaune m'xpliqua ainsi la difficulté pour les habitants de trouver désormais à se loger, les prix qui grimpent, les commerces de proximité qui ferment et que remplacent des boutiques de pacotille. Je leur parle des Grandi Navi, de la maternité qui a failli fermer, comme certaines écoles, les boulangers, les bouchers, les épiciers qui sont remplacés par des magasins de masque et de verroterie made in China, et les loyers qui ne cessent de monter obligeant bien des vénitiens à quitter le centre historique pour habiter toujours plus loin sur la Terraferma. Même chose partout. C'est un constat lourd et triste.

N'est-ce pas seulement le combat de plus en plus vif et outré entre le profit et la beauté, entre le profit et la liberté, le profit et la vie ? Ce paradigme insupportable qui place la croissance et l'argent avant tout le reste et dévore la planète comme le cœur et le bonheur des gens ? C'est ce qui rend Venise si importante. Car à Venise, tout cela s'est déjà joué et depuis des siècles. Les vénitiens d'autrefois ne furent pas de doux anges rêveurs. La ville fut une sorte de New York médiéval, ou pour reprendre les propos de certains historiens et économistes, Venise demeura ce que fut la Grande-Bretagne au XIXème siècle, la reine du commerce. Pendant cinq siècles de 1100 à 1600, elle domina l'économie mondiale, commerçant avec le monde de son époque, depuis la Baltique jusqu’à la Chine, en passant par l'Afrique. L'argent y a toujours eu une place privilégiée, poussant même ce peuple de chrétiens à devenir parfois pire que les marchands du Temple. Les vénitiens n'ont-ils pas détournée la foi des princes d'occident et de leurs peuples qui furent à l'origine des croisades, à leur unique profit. Gagner sur tous les tableaux : vendre des bateaux, des armes et des mercenaires et se servir après la bataille, récoltant un extraordinaire butin d'or et d'argent, d’œuvres d'art et de main-d’œuvre. Cela a fini par leur coûter liberté et fortune. Il aura suffit d'un peu moins de trente ans après la trahison du petit corse pour que la république déjà bien affaiblie en 1797 mais encore richissime, soit totalement anéantie, ruinée, vidée de ses forces vives et pendant les années que dura l'empire de l'aigle, de ses trésors artistiques aussi.

Avoir déjà vécu tout cela et demeurer entière, debout, vivante, n'est-ce pas une leçon , un exemple. Les civilisations sont mortelles. Certaines ont plusieurs vies. Le lion ailé et les chats ne furent pas un symbole poétique. Venise est un merveilleux exemple de ce qu'il faut faire et de ce qu'il ne faut pas faire. Un laboratoire pour aider à la réflexion moderne sur la ville de demain. Depuis longtemps, des architectes, des urbanistes se sont inspirés de son modèle. Des milliers de pages d'études ont été publiées qui montrent combien l'invention de Venise, les méthodes qui lui ont permis de survivre, ses règles et ses lois peuvent orienter les politiques urbaines et sociales de la Ville contemporaine et préparer celles de demain. Les réflexions actuelles - non pas celles des politiques trop enchaînés au modèle financier ultra-libéraliste mais aux groupes liés à la Convention de Faro, dont forcément on parle peu, offrent, une voie nouvelle au sein de la Communauté européenne, grâce à ce document dont l'objectif est de mettre en avant les aspects importants de notre patrimoine dans son rapport aux droits de l’homme et à la démocratie. Elle défend une vision plus large du patrimoine et de ses relations avec les communautés et la société. La Convention est née pour nous encourager à prendre conscience que l’importance du patrimoine culturel tient moins aux objets et aux lieux qu’aux significations et aux usages que les gens leur attachent et aux valeurs qu’ils représentent. C'est un autre paradigme qui est proposé et Venise en est le laboratoire naturel.
Si ce sujet vous intéresse, voici quelques lectures conseillées :

Jean-Claude Barreau
Un capitalisme à visage humain : 
Le modèle vénitien
Fayard, 2011

Présentation de l"éditeur : Venise n’a pas toujours été une ville morte, une ville musée saturée de touristes telle que nous la connaissons aujourd’hui. Durant cinq siècles, la Sérénissime fut une cité grouillante, commerçante, souvent belliqueuse, à la tête d’un empire qui domina une grande partie du monde occidental et oriental, avant de céder la place à la Grande-Bretagne.Comment un républicain aussi convaincu que Jean-Claude Barreau peut-il choisir l'oligarchie vénitienne comme modèle pour notre société ? Parce qu’elle inventa un capitalisme intelligent, respectueux de son peuple, fondé sur le sens de l’État de ses élites. Parce qu'avoir de l'argent impliquait plus de devoirs que de droits. Bien avant les protestants de Max Weber et leur célèbre éthique, les Vénitiens inventèrent le capitalisme moderne (la Bourse, les banques, la lettre de change, la comptabilité double), mais aussi l’écologie au quotidien, une certaine forme de laïcité, le non cumul des mandats et la justice égale pour tous. Parce que les riches qui dirigeaient ce monde avaient à cœur de le préserver, de le faire fructifier et non de le consommer. Comment construire un capitalisme à visage humain ? En ces temps de crise, la question est d'une grande urgence. Venise nous donne une partie de la réponse et Jean-Claude Barreau une magistrale leçon d'économie politique.   

Vincent Freylin 
Venise ou le capitalisme vertueux 
in Valeurs Actuelles, 03/03/2011

08 novembre 2019

TraMezziniMag soutient les Ailes de Venise

Lorsque j'ai rencontré la première fois Isabelle Khana, nous avions rendez-vous à la terrasse d'un des cafés du campo Santo Stefano. On m'avait déjà parlé d'elle à plusieurs reprises et pas toujours en bien. Qu'on dise pis que pendre de la dame attira mon attention. Mon expérience de la médisance me donne toujours à penser que lorsque le médiocres sont dérangés par quelqu'un c'est que la personne mérite qu'on s'intéresse à elle et à ses idées. C'est ainsi que je sollicitais un rendez-vous à cette charmante jeune femme avec qui j'ai en commun, outre un amour inconditionnel pour Venise et les vénitiens, le métier puisque j'ai été longtemps courtier en assurances et notamment en assurances vie et produits financiers. Mais ces considérations sont dénuées d'intérêt. Ce qui importe c'est ce que réalise Isabelle Khana avec son association Les Ailes de Venise. Non pas que la Sérénissime en manqua, mais par son initiative, le lion ailé peut agrandir la voilure.

Pour un tourisme collaboratif et actif avec les  associations
L'idée développée par la fondatrice et soutenue par une équipe internationale est très intelligente. Plutôt que venir se rajouter aux nombreuses fondations qui contribuent à la restauration ou à la protection de la cité des doges et de son extraordinaire patrimoine, en levant des fonds pour financer des restaurations parfois spectaculaires et médiatisées ou discrètes et ponctuelles, l'association Les Ailes de Venise proposent que les dons effectués sur son site soient affectés à des projets étudiés au préalable et des actions réputées de qualité aux mains des vénitiens. Il s'agit donc de contribuer aux choix des habitants de Venise et non pas de décider d'investir des fonds selon le caprice ou le goût de mécènes bien intentionnés mais qui ne répondent pas forcément aux besoins urgents de la ville.

Ainsi, actuellement, quatre propositions sont faites à ceux qui rejoignent l'association. Tramezzinimag connait parfaitement chacune de ces actions, c'est un bon choix et un excellent début? Nos lecteurs reconnaîtront au passage de nombreux amis avec qui ils sont en contact lorsqu'ils viennent à Venise ou simplement sur les réseaux sociaux. Il s'agit de l'association Masegni e Nizioleti fondée il y a quelques années par un groupe d'amis, qui se charge de nettoyer les murs de la ville couverts d'immondes graffitis inesthétiques qui gangrènent tout le centre historique. Avec l'argent versé les ailes de Venise achèteront du matériel (chez des commerçants locaux !) pour permettre aux dynamiques nettoyeurs de Masegni e Nizioloti de déployer leur action.

Vient ensuite un projet pour l'association qui a créé et fait vivre l'Orto del Campanile, au pied du clocher de l'église des Carmini. Tramezzinimag a déjà parlé de ce potager collectif qui a vu le jour à deux pas de Santa Margherita et qui est un lieu magique où l'on peut cultiver ses légumes, où s'organisent des après-midi studieux en silence pour les étudiants qui veulent étudier a l'aperto, et des tas d'autres animations. Lieu discret, intime et discret hors des circuits empruntés par les hordes de touriste.  C'est dans ce lieu incroyable que le Wigwam Club de Venise (Wigwam Club Giardini Storici Venezia) animé par la pétulante Mariagrazia Dammicco, soutient la création d'un mur végétal, sort de jardin vertical su les parois du campanile où seront plantés des plantes aromatiques, des fraisiers, des fleurs aussi. Là encore les dons seront transformés en apport en nature : de la terre,  es outils, des plantes, etc, de quoi rendre ce lieu encore plus agréable pour les vénitiens qui aiment y venir passer un moment.


Il y a aussi Il Nuovo Trionfo qui restaure une vieille barque typiquement vénitienne, le dernier caboteurs traditionnels qui sillonnaient la lagune et transportaient des marchandises. Ces grosses gabarres étaient très répandues jusqu'aux années 50. Jusqu'à ce qu'en Italie aussi le transport routier l'emporte. Gilberto Penzo explique sur le site de l'association les objectifs de cette nouvelle restauration, de l'utilisation qui sera faite de la gabarre. Une belle aventure pour cet ultime trabacollo vénitien. 

Enfin, les Ailes de Venise ont sélectionné l'Associazione degli artigiani artisti del Chiostro qui regroupe des artisans et des artistes installés dans le cloître de l'ancien couvent Santi Cosmo et Damiano à la Giudecca, là où se tient la fondation Luigi Nono. L'objectif des Ailes de Venise et de financer des outils de communication pour faire connaître cet endroit magique et tout ce qui s'y crée. Là encore, un excellent choix.
 
Une page du site explique en détail ce que va permettre votre don selon la somme choisie (à partir de 15 euros). TraMezziniMag invite solennellement ses fidèles lecteurs à faire un don pour le projet de leur choix et à devenir membre de l'association et à faire connaître la démarche des Ailes de Venise. 

Enseignants, parlez-en à vos élèves et pourquoi ne pas bâtir un projet scolaire autour des Ailes de Venise, faire suivre à vos classes les projets, organiser une collecte ou une vente pour réunir des fonds au profit des projets qui intéresseront les chères têtes blondes. Et pourquoi pas una gita scolastica orientée autour de cette Venise authentique que nous chérissons et désirons tant protéger ? Écrivez-nous, nous pouvons vous aider à monter le voyage pour en faire un séjour inoubliable pour vos élèves !

13 mai 2019

Notre-Dame : ce que dit la charte de Venise (petit cours à l’usage de Franck Riester)

Franck Riester devant l’Assemblée Nationale le 10 mai 2019 pour la discussion de la loi d’exception pour la restauration de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris
Tramezzinimag ne peut résister à présenter à ses lecteurs l'excellent et roboratif article de Didier Rykner paru vendredi 10 mai dernier dans La Tribune de l'Art, le jour même de l'intervention du ministre devant l'Assemblée Nationale. Texte qui donnerait du baume au cœur si les faits qui l'ont inspiré n'étaient pas d'une tristesse profonde. L'inanité mentale de nos dirigeants, leur inculture, voire leur bêtise donne envie de pleurer. Ce ministre qui n'a de rapport à la culture que celui qu'il co-signa avec Alain Chamfort sur la musique et le commerce, ferait un excellent concessionnaire automobile. Son père serait ravi qu'il prenne sa suite. Pourquoi ne le nommerait-on pas ministre des transports plutôt ? Après tout n'est-il pas diplômé d'une école de gestion. Nous sommes vraiment à l'ère des affaires et du pognon. Alors, l'art, la sauvegarde des monuments historiques, là-haut, ils s'en tapent le coquillard. Moi ça me rappelle "House of Cards"...
"Le débat aujourd’hui à l’Assemblée Nationale sur la loi d’exception a souvent été accablant. Entendre le ministre de la Culture expliquer que la charte de Venise dirait « très clairement » que « les restaurations doivent être distinguées de l’original » et que « les gestes architecturaux contemporains sont permis » prouve que celui-ci, une nouvelle fois, raconte n’importe quoi.

Que dit donc la charte de Venise. Il nous faut revenir à ce texte et l’examiner pour bien comprendre qu’il n’y a en réalité aucune ambiguïté. Nous prendrons les phrases qui concernent ce sujet pour les analyser.

On lit dans l’article 9 : « [La restauration] s’arrête là où commence l’hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps. »

La restauration de la flèche, qui est un élément constitutif du monument tel qu’il a été classé monument historique (donc tel qu’il doit être restauré), n’est en aucun cas hypothétique. La flèche est parfaitement documentée par les photographies et relevés récents, ainsi que par les plans de Viollet-le-Duc qui sont entièrement conservés. De plus, cette flèche est encore en partie conservée, dans ses parties d’ailleurs qui auraient été les plus difficiles à refaire, à savoir les sculptures de la base et le coq qui la surplombe.
La seule possibilité d’un élément portant la marque de notre temps (donc d’un « geste contemporain ») pourrait porter sur un « travail de complément » qui serait « indispensable » à cette flèche ou à la cathédrale, « pour raison esthétique » ou « pour raisons techniques ». Ce n’est évidemment pas le cas.

On lit dans l’article 11 : « Les apports valables de toutes les époques à l’édification d’un monument doivent être respectés, l’unité de style n’étant pas un but à atteindre au cours d’une restauration. » Le caractère « valable » de l’apport de la flèche de Viollet-le-Duc a été reconnu de longue date, ne serait-ce que par le classement de la cathédrale avec la flèche.

On y lit également : « Lorsqu’un édifice comporte plusieurs états superposés, le dégagement d’un état sous-jacent ne se justifie qu’exceptionnellement et à condition que les éléments enlevés ne présentent que peu d’intérêt, que la composition mise au jour constitue un témoignage de haute valeur historique, archéologique ou esthétique, et que son état de conservation soit jugé suffisant. Le jugement sur la valeur des éléments en question et la décision sur les éliminations à opérer ne peuvent dépendre du seul auteur du projet. » Il n’y a donc aucune raison d’éliminer la flèche de Viollet-le-Duc qui doit être restaurée. Cet article seul suffit à empêcher la construction d’une nouvelle flèche.

Les articles 12 et 13 ne s’appliquent que :

- s’il faut remplacer une partie manquante, et ce n’est pas le cas car la partie manquante, qui ne manque qu’en partie seulement, doit être restaurée,

- ou si une adjonction était nécessaire, ce qui n’est pas le cas puisque aucune raison esthétique ou technique ne l’impose comme le dit l’article 9.

Voilà exactement ce que dit la charte de Venise, très bien écrite et qui s’applique sans problème au cas de Notre-Dame. Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Quant à entendre Franck Riester expliquer que le choix d’une restauration à l’identique (nous parlons évidemment de l’aspect extérieur de la cathédrale, tout le monde le comprend ainsi) doit être celui des spécialistes quand il s’obstine à écarter les scientifiques du débat, c’est franchement dérisoire. C’est bien le gouvernement qui a décidé, dès le lendemain de l’incendie, de lancer un concours pour la « reconstruction de la flèche », alors que la restauration d’un monument historique ne peut, dans notre code du patrimoine, donner lieu à un concours. C’est bien le gouvernement donc qui oriente les débats dès le début. Décidément, ce ministre de la Culture ne comprend rien à sa mission ni à la restauration des monuments historiques. "
Didier Rykner

24 février 2018

Tu seras un homme mon fils...


Une (fidèle) lectrice me demandait il y a quelques jours pourquoi toutes ces modifications dans la présentation de notre TraMeZziniMag. Elle n'avait pas eu vent des mésaventures ubuesques qui effacèrent de par la volonté d'un robot programmé pour n'être qu'imbécile à l'image de l'état d'esprit Trumpinesque... 
 
Pardonnez le mot tout aussi grotesque que le chef de l’Exécutif yankee qui prévaut depuis quelques mois dans l'administration américaine, déteint dans la gouvernance des Big Brothers, qui dominent désormais le monde et notre mode de communiquer et tend à se répandre dans l'esprit dangereusement obtus des nouveaux dirigeants des pays encore libres. Mais n'est-ce pas qu'une apparence trompeuse et pour combien de temps ? La France et il y a de fortes chances, bientôt l'Italie en ressentent les effets. Bref le blog vieux de douze ans et riche de plusieurs milliers de billets et qui comptait par dizaines de milliers ses lecteurs hebdomadaires, possédait un nombre toujours grandissant d'abonnés, a été supprimé de la Toile un beau jour de juillet 2016. Il a donc bien fallu faire des choix. 

- Tout abandonner et passer à autre chose. Ce fut la tentation première. A cause du choc (douze ans de travail quasi exclusif pour la défense et l'illustration de Venise et de sa civilisation). Mais le mot gravé par nos ancêtres sur la pierre de la Tour de Constance est aussi gravé dans mon cœur : "REGISTER !" (Résister). 

- Réagir en ruant dans les brancards, jouer la Passionaria genre la néo-Marylin de pacotille (encore un truc qui va avec l'expression "on n'a que ce qu'on mérite") dont le nom m'échappe chantant à son peuple énamouré - et qui ne sait pas encore combien elle l'aura trompé -  son "Don't cry for me Argentina". Vulgaire et vain.

- Relire son bréviaire scout et, en bon disciple de ce ce cher Baden-Powell, répéter haut et fort les premiers vers de "Tu seras un homme mon fils !", le fameux credo du père Kipling :
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir...

Bon sang ne saurant mentir et les années à être toujours prêt (une sacrée école de la vie cela étant dont l'influence trop diluée manque aux nouvelles générations) ayant laissé de bonnes marques et de joyeux repères, m'orientèrent vers ce troisième choix : repartir de zéro ou presque tout en me servant des leçons de ces douze ans de travail consacré à Venise. Aucun mérite là-dedans, j'arrête tout de suite les zélotes zélateurs et leurs dithyrambes. L'amour que je ressens depuis toujours pour Venise, ce sentiment d'appartenance et l'énergie que j'en retire ont toujours été le moteur de mes modestes actions. 

Puisque je n'écris pas trop mal - il y a pire, n'est-ce pas, dans les vitrines des librairies - autant mettre ce petit talent au service d'une cause symbolique. Défendre Venise, c'est défendre notre civilisation, sa culture, son histoire, ses peuples contre la barbarie et le diable. On pourrait dire contre les anges déchus, ceux dont on dit dans certaines chapelles, qu'ils ne sont pas fils d'Adam expliquant ainsi la brutalité, l'horreur, l'incroyable violence de leurs actions et de leurs réactions face à la justice, à la paix, à l'amour, à la liberté...

Un projet longuement mûri
Donc, votre serviteur s'est remis à l'ouvrage. Nouvelle présentation, fouilles archéologiques du Net, échanges de renseignements et de documents avec des lecteurs-indicateurs qui m'envoyèrent leurs propres archives; infiltrés qui cherchèrent sur les serveurs Google ou cuisinèrent quelques pontes du Big Brother en France et en Italie, jusqu'à un lecteur assidu et en colère qui me proposa les services de son hacker de fils et de sa bande capable de réserver une rame entière de TGV pour voyager seuls et tranquilles. mais il fallait attendre qu'il purge ses 150 ans de prison pour crime de lèse-multinationale... Bref, un travail de Titan et d'escargot à la fois, de l'artisanat avec toutes les imperfections du travail fait main, sans outil ni compétences particulières. Et puis au fil des pages retrouvées, l'idée !

Notre Casa Editrice
Tout cela pour en arriver à l'information que nous ne savions pas comment présenter jusqu'à ce matin. L'appel et les suggestions d'un ami éditeur a décidé notre petite équipe. Cette fois, ce sera dit. TraMeZziniMag est fin prêt : la maison d’édition va officiellement voir le jour avant le printemps de cette année. son siège sera à Venise parce que ce sera de Venise avant tout dont il s'agira. Les plus anciens lecteurs se souviennent qu'elle fut créée pour la sortie de mon livre, modeste travail bourré d'imperfections, qui a vu le jour en 2010 suite aux demandes réitérées de nombreux abonnés du blog qui souhaitaient voir mes chroniques et mon journal réunis dans un seul volume. Ce livre devait ouvrir la voie à toute une série de textes de différents auteurs sur des thématiques toujours liées à Venise, mais les aléas de la vie, le temps qui manque et la peur de se lancer dans une aventure sans en maîtriser tous les risques, ont eu raison de notre enthousiasme. Il aura fallu cinq ans pour que l'idée refasse surface, au hasard des rencontres à Venise, à Paris ou ailleurs. Et après trois autres années de recherche, de réflexion, et d'études, nous sommes quasiment prêts, avec "la disponibilité d'une page blanche", expression très parlante empruntée à un prédicateur entendu il y a de nombreuses années je ne sais plus à quelle occasion.

Le nerf de la guerre
Pour aller plus avant il va nous falloir de l'argent. Pas de sommes mirobolantes, bien moins que le coût du robot qui a coulé dans les hauts-fonds les archives de Tramezzinimag, pas autant que le coût de l'avion présidentiel ou des bombes qu'on déverse sur l'Irak ou la Syrie. Juste de quoi équiper la nouvelle structure, associative d'abord puis coopérative ensuite. Une petite somme est déjà dans notre cassette. Des levées de fonds vont suivre, appels aux dons, crowdfunding, échanges et troc de compétences, demandes de subventions, ventes privées, etc. Tout va être utilisé pour offrir au public de jolis ouvrages, des textes rares, oubliés ou inédits, des livres d'artiste. Toujours avec Venise comme leitmotiv. Littérature, nouvelles, romans et poésie de maintenant et d'hier, récits et essais, histoire et anthropologie, cinéma et musique, les domaines sont nombreux que nous voudrions inscrire à notre catalogue. Ambitieux mais réalistes, nous resterons modestes. 


Un club de lecteurs
Nous souhaitons impliquer le plus possible notre lectorat. Par un système de consultation préalable, par un système de souscription régulière, par des formules d'abonnement. Mais nous voulons aussi défendre le livre et les arts. Et les défendre depuis Venise. A Venise. Cela implique l'ouverture prochaine d'un espace culturel spécifique, à la fois galerie d'art, librairie, café et salon de thé... Tout est possible. Tout est objet de réflexion. Vos avis d'ores et déjà nous serons utiles. 

Lo Spirito del Viaggiatore
Plusieurs thématiques pour le catalogue défendues et animées par des personnalités francophones  : Livres oubliés du temps de la "folie vénitienne", ces folles années allant de 1880 à 1930, Journaux et récits de voyage à Venise, célèbres ou méconnus, pour illustrer ce que nous appellerons "Lo Spirito del Viaggiatore", une philosophie du voyage à contre-courant des habitudes modernes, Textes de poésie avant tout d'auteurs vénitiens présentés en vénitien ou en italien et avec leur traduction en français, Livres gourmands pour les sybarites que nous sommes et ceux qui nous lisent, et puis des Livres d'artiste où, à la manière de Michel Butor, les textes viendront illustrer les gravures publiées. Etc.

Un engagement solidaire et soutenable
La démarche comme la finalité n'étant pas commerciale. Devenir éditeur aujourd'hui ne sous-entend certainement pas l'intention de devenir riche et d'acheter un palais sur le Grand Canal. Juste faire d'une double passion, Venise et le livre, un outil au service de la Sérénissime, pour contribuer par nos parutions à la diffusion d'un état d'esprit sostenibile comme disent nos amis italiens, notre contribution à la lutte qu'il faut mener contre l'obscurantisme et la barbarie qui vont avec le tourisme de masse, la désertification du centre historique, l'abandon des traditions séculaires qui ont permis de maintenir Venise en vie et risquent de la détruire si rien n'est entrepris pour sa sauvegarde. Aucune prétention dans ces choix? Seulement des convictions, de l'amour et un désir fraternel d'entraide. Parce que nous croyons que Venise, sa situation et les choix qui seront faits dans l'avenir sont un modèle et une référence pour le reste du monde. Parce que Venise est un laboratoire d'innovation et de résistance. A ces innovations et à cette résistance nous voulons contribuer. Avec vous.

Nous reviendrons bientôt vers vous pour solliciter votre participation. Nous avons besoin de vous et de vos amis. Par le biais de plate-formes d'économie participative, par des ventes en ligne d'objets et de livres, par d'autres initiatives qui seront présentées au fur et à mesure des avancées du projet. Nous vous espérons nombreux, déterminés et fidèles.

21 février 2018

Projection publique : The Venetian Dilemma

Réalisé en 2004, un documentaire présentait au monde une image inédite de Venise face à un tourisme de masse dont la croissance exponentielle n'échappait déjà à personne. Il y avait les gens avisés qui mettaient face à face la diminution de plus en plus rapide de la population vivant dans le centre historique et les affairistes au pouvoir qui prétendaient moderniser la ville pour la redynamiser et la faire entrer dans le monde de demain. 

C'est l'époque où on parlait d'un métro souterrain pour permettre une liaison entre l'aéroport et l'Arsenal en 7 minutes, mettant Venise à 80 minutes de Paris par exemple. Les élus qui se frottaient d'avance les mains parlaient de 5.000 créations d'emploi dans des secteurs de pointe. L'époque où la municipalité, alors propriétaire des 2/3 du parc immobilier du centre historique, s'empressait, quand des locataires âgés quittaient leur logement, de faire briser à coup de masse les tuyauteries et les installations sanitaires pour éviter que ces appartements soient occupés. C'est l'époque où commencèrent les autorisations de transfert d'usage des bâtiments historiques, l'époque où de nombreux propriétaires cédèrent à prix d'or leur demeure familiale pour en faire des hôtels. où partout fleurissaient des échafaudages. Partout on rénovait, nettoyait, aménageait mais tous ces bâtiments restaient vides quand des centaines de famille réclamaient un logement décent pour continuer à vivre chez eux. C'est l'époque où les commerces de proximité, boulangeries, épiceries, boucheries, se transformaient les uns après les autres en bars et en restaurants, puis en commerce de masques, rarement tenus par leurs propriétaires. Pourtant les chinois et les bengalis n'étaient pas encore là... 



"Mais qui se nourrit de masque ?" disait avec humour un artisan citant Paolini... Les équipes municipales qui se succédèrent des années 80 à ces années-là eurent toutes la même vision à court terme : faire rentrer de l'argent, développer des projets grandioses pour alimenter les caisses de leurs partis quand il ne s'agissait pas simplement de se remplir les poches. Des voix s'élevaient déjà un peu partout, pleines de bon sens et argumentées qui ont pris de l'ampleur depuis. Tout ce qui se disait devant la caméra de Carole et Richard Rifkind s'est avéré vrai. Mis à part la metropolitana à laquelle nous avons échappé jusqu'ici (mais comme le dit avec un sourire diabolique Roberto d'Agostino, son plus ardent défenseur dans le film "cela se fera un jour inévitablement"). 

Il est difficile de comprendre cet acharnement qui se développe depuis les années 07 partout dans le monde pour détruire, bousculer, modifier au nom d'un mirifique sens du progrès qui serait porteur de tous les bonheurs à venir. Pourquoi l'homme moderne cherche-t-il désormais à tout détruire ? Est-ce inconsciemment pour éviter d'attendre que la nature elle-même se lance dans un grand nettoyage final et définitif ? A la base de toutes ces inepties sur le progrès et la croissance, il y a un seul mot : le profit. Qu'importent les conséquences, il faut à tout prix s'enrichir et tant pis si cela conduit à la destruction de la nature, à l'exil de milliers de gens, à la disparition d'un monde légué par nos anciens qu'ils savaient gérer avec sagesse. 

On l'entend aussi dans le film : Venise n'est pas une ville comme les autres. Construite sur l'eau, avec l'eau, elle impose un rythme urbain totalement différent du rythme des autres villes modernes. On ne peut y intégrer la notion de vitesse car la vitesse désagrège la ville avec le moto ondoso qu'on commençait à pénaliser. Les jeunes parents luttaient pour la création de crèches et de garderie, les commerçants luttaient pour conserver leurs stands sur les campi et éviter qu'ils ne soient transformés en stands de fast food pour touristes.


Le film, qui se contente de montrer sans aucun commentaire, mais visiblement avec une grande empathie pour les vénitiens et pour la ville, s'il éveille la conscience du spectateur et l'aide à se ranger du côté des habitants, se termine sur une note d'espoir. On assiste même, et c'est un bien joli symbole, à la naissance - par césarienne - d'un petit vénitien... Et puis, comme souvent à Venise, tout finit à l'heure du spritz avec une chanson reprise à la cantonade :  
Tutto è cambiato ormai,
Venezia no, Venezia no non cambia mai.  
Cambiano le città, Venezia no,
Venezia no non cambierà...

22 décembre 2017

C'est déjà mieux que rien : les maxinavi définitivement interdits à Venise


S'il faut modérer notre enthousiasme car le péril n'est pas définitivement écarté, l'intervention de l'UNESCO a tout de même finalement fait bouger les autorités locales et la solution la plus viable a été retenue : Si les maxinavi continueront de décharger à Venise des hordes de touristes - cela ne se fera plus - d'ici 4 ou 5 ans, selon les délais impartis - ce sont seulement les navires de plus de 55.000 tonneaux, les gigantesques monstres marins qui n'ont de bateau que le nom, qui seront bannis des eaux urbaines. Pour l'instant, les autres navires pourront continuer de passer et repasser devant le palais des doges et la pointe de la douane en toute légalité.

Cette décision définitive et incontestable est certes un progrès. Cela éloigne un danger potentiel pour la cité des doges et son inestimable richesse architecturale, mais aussi pour son écosystème. Dès l'achèvement des travaux, les navires pénètreront dans la lagune via le canal emprunté autrefois par les pétroliers, pour accoster à Marghera. Cela coûtera cher puisque 70.000.000 d'euros vont être ainsi mis à la disposition de la municipalité... Le maire de Venise a des raisons d'être satisfait, Marghera recevra ainsi une manne qui devrait favoriser son redéploiement mais qui risque aussi de faire flamber davantage le prix de l'immobilier dans la zone. 

On reste dans une logique ultra-libérale où le risque écologique n'est que très peu pris en considération. En effet, il faudra approfondir le chenal déjà existant et créer de nouvelles infrastructures portuaires adaptée, bousculant une fois encore le fragile écosystème lagunaire sans compter que la solution retenue désormais n'empêchera pas ces monstres marins de polluer les eaux et les airs avec les rejets inhérents à tout navire. Sauf que la lagune de Venise n'est pas l'océan et que faune et flore sont composées d'espèces fragilisées par le réchauffement climatique, par des années d'insouciance environnementale et de dragage et pompage des fonds. 

Ne l'oublions pas, et c'est là le premier combat pour défendre Venise et préserver son avenir de lieu de vie, si la lagune meurt, Venise suivra et disparaîtra à jamais. Une fin inévitable si on continue à appréhender le problème de la protection de ce site naturel unique au monde et d'une grande fragilité seulement du point de vue des profits et des bénéfices de quelques grandes entreprises,de  leurs actionnaires et de leurs intermédiaires...

10 juin 2017

Cure de jouvence pour le Todaro

C'est en 1329, si on en croit Francesco Sansovino que fut installé en haut de la colonne occidentale de la Piazzetta la statue de Saint Théodore, Todaro en vénitien, premier protecteur de la cité avant que la dépouille de l’Évangéliste Marc soit amenée à Venise dans des circonstances pour le moins rocambolesques et devienne le saint patron de la République. Cela ne représente pas as moins de 700 ans de présence au-dessus de tous en dépit de son déclassement au bénéfice de Saint Marc dont le symbole trône sur l'autre colonne, du côté du palais ducal. Bien des hivers glacés et des étés caniculaires avaient fait souffrir la statue qu'on descendit de son majestueux piédestal quand en 1940, la guerre devenant menaçante, il fut décidé de mettre la statue à l'abri. Elle n'est jamais remontée depuis, une copie en pierre d'Istrie ayant été réalisée en 1948 pour la remplacer.

TraMeZziniMag avait émis il y a quelques années l'hypothèse que le corps enseveli dans la basilique San Marco pourrait être la dépouille d'Alexandre le Grand plutôt que celle de l'évangéliste. Ce ne sont que des suppositions et une forte propension à l'uchronie qui nous firent publier cet article. Pour Théodore, saint byzantin et valeureux guerrier de légende, il ne s'agit que d'une représentation mais elle avait ses secrets elle aussi.


On raconte que Théodore, jeune soldat des armées romains qui, comme Georges, terrassa un dragon, ne cessait de proclamer l’Évangile en prêchant partout où il se trouvait. Arrêté, il refusa de renier sa foi qu'il ne cachait pas. Il fut condamné à mort pour oser ainsi à la volonté de l’empereur Dioclétien, refus d’obtempérer bien plus grave pour ceux qui le jugèrent que l'insistance avec laquelle il proclamait sa foi et son rejet des idoles païennes. Un soldat qui s'insurge ne peut rester impuni, la sédition cela fait désordre, tout le monde en conviendra. Il fut atrocement supplicié et rendit l'âme dans la sérénité la plus totale, c'est du moins ce que disent ses hagiographes qui en ont fait l'un des trois saints-martyrs des chrétiens orientaux avec Saint Georges donc et Saint Dimitri. La statue restaurée figure un soldat en uniforme, jeune et athlétique, solidement armé, au visage jeune, noble et altier. Les travaux de restauration, minutieusement menés pendant un peu moins d'un an révélèrent des éléments en partie connus depuis 1948 mais jamais prouvés parce que jamais étudiés de près. Le splendide Todaro vénitien s'est avéré extrêmement fragile et l'intervention des spécialistes fut particulièrement délicate.

En effet, il a fallu démonter chacune des pièces qui forment l’œuvre, consolider les morceaux en pierre ou en bronze fragilisés par les siècles, les nettoyer, reconstituer les manques et protéger le tout pour l'avenir. On a pu ainsi déterminer l'origine de la statue, ouvrage hybride, dont on ne saura jamais vraiment s'il existait tel quel à Byzance ou s'il fut assemblé tel que nous l'avons toujours vu pour les commanditaires vénitiens à Venise avant de devenir le portrait du premier saint protecteur de la ville. C'est en grande partie la nature de cet assemblage qui en faisait l'extrême fragilité : la tête, le buste, les jambes, les armes et le dragon qu'il piétine sont de provenance, d'époques et de matériaux différents.

La tête, probablement de l'époque constantinienne, bien que retravaillée plus tardivement, est taillé dans un marbre blanc qui provient des carrières de Docimium, non loin d'Afyon en Turquie occidentale, a pu être identifiée avec certitude, comme le portrait de Mitridate VI Euopator, le fameux roi du Pont qui tint en respect les légions romaines pendant des décennies jusqu'à sa mort en 63 avant notre ère. La ressemblance avec les monnaies frappées à son époque portent toutes le portrait du monarque ne laisse aucun doute sur l'identité du personnage. Elle a probablement était ramenée de Constantinople.

Le torse, décoré de victoires couronnant un trophée devait appartenir à la statue en gloire d'un empereur. Probablement Hadrien. Les jambes et les bras sont taillés dans un même marbre provenant de l'île de Proconnèse - appelée aussi Ile de Marmara, la plus grande de la mer éponyme - dont les carrières de marbre blanc veiné de bleu furent renommées dans l'Antiquité. Le dragon est taillé dans le même marbre. Le bouclier, plus récent, est en pierre d'Istrie. D'autres parties du corps ont été sculptées dans du marbre de Pentélie, ce gisement qui servit à construire l'Acropole et avec lequel fut bâti le Parthénon. Quant aux  armes et à l'auréole du saint, elles ont été réalisées dans un alliage de bronze typique de l'époque médiévale.

C'est donc un extraordinaire palimpseste de l'Histoire et de la culture  millénaires de Venise qui est ainsi remis en état, un exemple flagrant de ses capacités à synthétiser,  mélanger et optimiser les gens, les arts et les civilisations grâce auxquelles Venise a pu être ce qu'elle fut, méritant vraiment ses surnoms : la Dominante, la Sérénissime.

Mais, au-delà de l'importance historique et artistique de cette restauration, la manière dont elle a été organisée et menée à bien confirme, s'il en était besoin, l'extrême habileté et l'excellente organisation des services et des entreprises qui en sont à l'origine. C'est ce qu'a tenu à souligner Mariacristina Gribaudi, l'actuelle présidente de la Fondation des Musées Civiques de Venise, en expliquant combien le partenariat mis en place a parfaitement fonctionné, permettant un travail efficace et des délais courts. La société Rigoni di Asiago (avez-vous déjà goûté leurs produits ? Notamment les confitures et la crène de noisette bio ?), mécène officiel, a pleinement joué le jeu et dont les produits et la philosophie, le succès commercial, montrent le dynamisme des entreprises vénitiennes aujourd'hui reconnues au niveau international. "Une synergie vertueuse et un bénéfice réciproque."

La présidente de la Fondation des Musées Civiques et Andrea Rigoni, Administrateur délégué de Rigoni di Asiago

09 juin 2017

Travaux sur le site !


Oups, rien pendant quelques semaines et soudain tout a changé ! 

TraMeZziniMag se refait une beauté. Un rafraîchissement complet pour mieux vous satisfaire et remplir sa mission, la même depuis sa création en 2005. 

Les pages que vous avez sous les yeux ne sont encore qu'une ébauche. , un essai.

Merci de votre indulgence, de votre patience et aussi des avis que vous voudrez bien nous adresser !

11 mai 2007

Les éboueurs vénitiens





C'est ainsi que sont ramassées les ordures ménagères à Venise. I Spazzini à Venise... Longtemps le ramassage des ordures ménagères a posé un réel problème que l'actuelle administration semble vouloir enfin sur le point de régler. 

D'ores et déjà, et depuis quelques années déjà, le tri sélectif a été mis en place bien que les mouettes et les rats (il n'y a pratiquement plus de chats dans le centre historique de par la volonté d'un élu de l'ancienne majorité qui ne les aimait pas et les a tous- ou presque - fait déporter !) passent souvent avant les employés municipaux...


Remerciements à Nino Barbieri pour ses clichés et à Skat pour la vidéo..

21 septembre 2006

Pinault contre Guggenheim : à qui reviendra la pointe de la douane ?

L’appel d’offres lancé le 24 juillet dernier par la ville de Venise pour la restructuration des Magazzini del Sale à la pointe de la douane a provoqué la surprise en mettant en pleine lumière le futur affrontement des deux géants de l’art contemporain : d’un côté François Pinault pour le Palais Grassi et de l’autre, Philip Rylands pour la Fondation Solomon R. Guggenheim avec le soutien du financier Alberto Rigotti au nom de la Région Veneto.
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Mais le concours orchestré par la ville (un cahier des charges en quarante points et pas n’importe lesquels) sera avant tout une joute entre deux des architectes les plus en vue du moment : Tadao Ando pour le Palais Grassi et Zaha Hadid pour la Guggenheim. Deux pointures aux vues et au style complètement opposé.
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Si le milliardaire français confirme ainsi sa confiance au japonais qui a rénové le Palais Grassi, la Fondation Guggenheim crée la surprise en sortant un joker en la personne de cette architecte très en vogue. Originaire de Bagdad, installée à Londres et devenue en quelques années une véritable star de l'innovation architecturale.
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Choix prestigieux mais très antithétique de la part de la fondation. Si Tadao Anto est le porte drapeau du minimalisme, de la grande élégance formelle et du respect absolu des existants historiques, Zaha Hadid fait partie de cette école qui prônent un signe fort, une insertion violente dans le contexte architectural, un peu comme la construction de Beaubourg, signé par Renzo Piano et Richard Rodgers, sorte d'éclaboussure à l'origine, devenu aujourd'hui un des édifices contemporains les plus appréciés. La Biennale d'architecture 2006 - qui n'est pas une réussite transcendante - présente d'ailleurs son projet MAXXI pour Rome.
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"Elle ne va pas démolir la pointe de la Douane, c'est évident - certifie en souriant Philip Rylands, le directeur du musée Peggy Guggenhein - pas plus qu'elle ne fera des ajouts visibles à l'extérieur de l'édifice. Il s'agit, avant tout d'un travail sur le design des locaux".
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C'était à l'origine Vittorio Gregotti, pourtant de renommée internationale mais peut-être moins fashion (il va fêter ses 86 ans cette année) qui avait été pressenti dès 1999 pour prendre en charge la restructuration de la Pointe de la Douane. Jean Jacques Aillagon, l'actuel directeur du Palais Grassi (et ancien ministre de la Culture français) avait d'ailleurs salué le travail de l'architecte piémontais, envisageant même une possible collaboration.
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"Le prestige et la reconnaissance de Gregotti ne sont pas mises en question - précise Rylands à Lidia Panzeri (du Gazzettino) - et nous souhaitons qu'il intervienne dans d'autres projets vénitiens".
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La région Veneto, promoteur du projet, marche avec la fondation Guggenheim, avec le soutien financier (et technique) de Alberto Rigotti, administrateur de la société Munus et de ABM Merchant, qui s'est engagée à soutenir financièrement le projet, estimé entre 20 et 30.000.000 de dollars. Gageons que le combat va être chaud et violent. En attendant, nous aimerions bien avoir un aperçu des projets qui vont sortir de l'imagination et du savoir-faire de ces deux architectes.
posted by lorenzo at 21:22