07 janvier 2011

COUPS DE COEUR N°39

Stéphane Hessel 
Indignez-Vous ! 
Édition Indigènes, 
Harmonia Mundi. 
Un incroyable petit livre de 28 pages vendu 3 euros et qui a fait fureur au pied des sapins ce Noël. Plusieurs milliers d'exemplaires vendus. Souvent parents et enfants se sont offert le livre, sans se donner le mot. C'était le cas chez nous. Nous étions 12 et il y avait 12 exemplaires sur la table après que chacun ait ouvert ses cadeaux ! L'auteur a 93 ans, grand (et authentique) résistant, rescapé des camps de la mort, co-auteur de la Déclaration Universelle des Droits de l'homme de 1948, défend les principes sublimes de générosité et d'humanisme que le Conseil National de la Résistance posa sous l'égide de Jean Moulin et à la demande du Général de Gaulle, pour la France moderne qui devait se réveiller après la chute du nazisme et le retour de la paix. Quel beau titre aussi ! Car s'indigner est aujourd'hui un devoir citoyen, ne plus fermer les yeux sur ce qui se trame, sur ce qui nous est imposé par une caste insane qu'il faudra bien chasser un jour. Spontanément indigné par les propos du sinistre Denis Kessler, dirigeant du MEDEF qui a osé déclarer publiquement : "Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire le programme du Conseil National de la Résistance… Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie"... Né une dizaine d'années après la fin de la guerre, ayant grandi dans un univers où le respect de l'homme et les valeurs humanistes sont fondamentales, où résister est inscrit depuis toujours au fronton de nos maisons (le fameux "Register" des prisonniers huguenots de la tour de Constance sous Louis XIV), et où on ne s'accommoda jamais des arrangements du régime de Vichy, venant d'une famille pour qui de Gaulle, en dépit des obligations politiques qu'il dut affronter, continue de représenter la liberté, la grandeur de la France, je ne puis qu'être indigné par les propos de ceux qui veulent détruire les principes fondateurs de notre République et qui détiennent aujourd'hui le pouvoir. Lisez cet excellent petit ouvrage. il ne dit que des vérités et même si s'indigner ne suffit pas, c'est déjà un pas vers la délivrance. Petite anecdote, pendant les quelques jours que j'ai passé récemment à Paris, j'ai croisé, dans les cafés, dans le métro ou dans l'autobus, des dizaines de gens qui lisaient ce livre. Achetez-le, lisez-le, offrez-le ! Ce qu'il contient va faire des émules et très rapidement ! Certes on a accusé l'auteur de faire appel à l'émotion plus qu'à la réflexion, mais n'avons-nous pas besoin de suivre nos sentiments pour oser agir ?

Francesco Rapazzini
Damia, une diva française 
Éditions Perrin. 
ISBN978-2-262-03403-0 
Elle fut LA diva, la grande star française de la chanson réaliste d'avant-guerre et connut une réputation internationale. Mon ami Francesco Rapazzini, romancier et journaliste vénitien vivant à Paris, auteur entre autres d'une retentissante biographie de la Duchesse de Gramont parue en 2005 chez Fayard (voir le COUPS DE CŒUR N°1) vient de publier chez Perrin, la première biographie de Damia (1889-1978), extraordinaire personnage au destin romanesque et hardi, bien plus grande que Piaf mais que l'on a un peu oublié depuis sa disparition. Une vie sulfureuse mais riche de rencontres et d'engagements. Agréablement écrit, illustré de photos inédites, ce livre est un plaisir. La chanteuse a représenté - et représente encore - "L'idée même que l'on se fait de la chanson populaire réaliste". Francesco Rapazzini qui connait bien cette période de la vie intellectuelle et artistique française, nous fait rencontrer autour de la vie de cette diva, chanteuse et actrice, de nombreux personnages hauts en couleur et passionnants : Loïe Fuller, Nathalie Barney, Jean Bérard, Gabrielle Bloch, Simenon, Eileen Gray, Foujita, Edwige Feuillère, Mistinguett, Cocteau et jean Marais, Tino Rossi, Mary Marquet, Lucienne Boyer... Tant d'autres célébrités... L'auteur rend à la perfection l'atmosphère de ces années folles, ce monde qui n'en finissait plus de mourir et allait définitivement sombrer avec l'invasion des barbares. Damia chanta la Marseillaise dans le film d'Abel Gance. Pendant l'occupation, bien qu'elle continuât à travailler, Damia ne se compromit jamais. Sa fin fut un peu triste, en dépit de l'attention de Claude Le Lorrain, son dernier agent et producteur. Atteinte depuis longtemps de la maladie d'Alzheimer, elle est morte à 89 ans. Elle était née en même temps que la Tour Eiffel. Ses restes reposent au cimetière de Pantin. "Quand j'entends la grande Damia / J'aimerai bien chanter comme elle / Des chansons plus simples et plus belles /On en chantait en ce temps-là" chantera plus tard Marie-Paule Belle - paroles de Françoise Mallet-Joris

Valérie Bettencourt 
Sombre lagune 
Éditions du Préau 
ISBN 9-782-953-68942-6 
Une découverte. J'étais chez des amis et je m'ennuyais un peu. Les conversations sur les avantages de tel modèle de 4x4 ou les envolées sur les mérites d'Obama, la personnalité de Mélenchon ou les aberrations du Sarkozysme me laissent généralement de marbre... Une bibliothèque dans le couloir attira mon attention. Sauvé, de quoi oxygéner mon esprit embrumé par un délicieux Haut-Marbuzet 1981 (mon vin préféré). Parmi les livres, un roman sur Venise. J'avais lu quelque part des commentaires assez élogieux. C'est ainsi que je me suis plongé dans une de ces lectures qui vous happent tout entier et vous laissent un peu groggy la dernière page refermée. Le roman de Valérie Bettencourt est un petit bijou baroque, joliment ciselé, agréable compagnie plein de mystères et de surprises. Je n'ai pas eu le temps de le lire en entier, mais Venise y apparait bien étrange. Elle est vide, dérangeante dans sa mort annoncée, plus belle que jamais et les héros sont attirants. Mais de quoi s'agit-il ? Voilà ce qu'en dit le résumé de l'éditeur : "Dans un monde ravagé par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes, Venise commence à sombrer dans la lagune. Toute la ville est évacuée en urgence. Mais d’étranges personnages sont restés cachés dans un somptueux palais gothique au cœur du sinistre labyrinthe vénitien : ils ont décidé de se laisser engloutir avec la cité et organisent des bals costumés dont le thème change de siècle chaque soir. Dans cette atmosphère baroque et onirique, Marie retrouve Laurent. Ils se sont croisés dix ans plus tôt et toute la vie de Marie en a été bouleversée. Laurent, lui, a totalement oublié cette brève rencontre. Chaque jour, Marie et les autres personnages sombrent un peu plus profondément dans la folie de leur sensuel univers d’amour et de mort. De bal en bal, elle donne à Laurent des indices pour qu’il se souvienne d’elle. Et s’il ne retrouve pas la mémoire, elle laissera Venise les emporter tous les deux.. Dans cette atmosphère baroque et onirique, Marie retrouve Laurent...Dans un monde ravagé par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes, Venise commence à sombrer dans sa lagune." Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter la vidéo promotionnelle de l'ouvrage. Valérie Bettencourt est aussi comédienne et sa voix est très belle. 
Pour ceux qui seront à Venise à la fin du mois, rendez-vous le 29, au Casino Venier, siège de l'Alliance Française où elle présentera son roman que j'aimerai bien terminer du coup. 
Sombre Lagune from Franck Allera on Vimeo

Somewhere 
film de Sofia Coppola 
avec Stephen Dorff, Elle Fanning. 
Lion d'or Venise 2010 
On en a tant entendu parler, le voilà dans les salles. Personnellement, le travail de Mademoiselle Coppola ne m'avait jamais vraiment convaincu. j'avais essayé son Marie-Antoinette à deux reprises et à deux reprises, j'avais quitté la salle... Lost in translation m'avait ennuyé. Somewhere en revanche m'a littéralement enchanté. Est-ce le thème, finalement le même que dans les précédents opus, cette confrontation de l'individu avec la solitude et le mal-être qui en découle, cet ennui forcené propre à notre époque trop remplie d'artifices et de faux-semblants ? Est-ce le jeu extrêmement prévis et vrai des deux acteurs, le père et sa fille ? Est-ce la bande son parfaitement bien choisie et adaptée ? En tout cas ce Lion d'or est bien plus mérité que la honteuse Palme d'or 2010, vous vous souvenez, l'ignoble "Uncle Boonmee". Donnez-moi vite votre avis. en attendant, voici la bande-annonce en V.O. : 

Ristorante Acqua Pazza 
Campo Sant'Angelo 
San Marco 3808/10 
Tél. 041 277 54 21 
Fermé le lundi. 
C'est indubitablement un restaurant pour touristes. Mais les vénitiens y vont aussi. L'accueil y est sympathique, le cadre agréable, bien tenu, dans le genre international qui a ses adeptes. Non, ne croyez pas que j'ai finalement cédé aux sirènes des gargotiers vénitiens qui m'adressent régulièrement invitations et dépliants affriolants. L'Acqua Pazza est authentiquement amalfitain, disons même qu'il est ma connaissance le seul de Venise, et le meilleur napolitain pour qui aime le poisson et veut changer des sempiternels plats vénitiens combien subtils quant ils sont préparés casalinga mais qu'on sert partout ici. Cette cuisine de Campanie est un bonheur ensoleillé. A la carte, le saumon aux Câpres et aux oignons est un délice. Pour les amateurs de vraie pizza (Venise n'est pas le lieu pour, je le sais bien, mais parfois l'envie d'une pizza comme du côté d'Amalfi se fait sentir, non ?), de la Saracena (la plus classique) à celle aux aubergines, c'est un régal. Quand je m'y suis rendu, la salle était remplie d'étrangers, mais aussi de jeunes vénitiens BCBG. Un vieux couple habitant à deux pas qui semblaient se régaler avec un Falerno del Massico, Falanghina dont ils vantaient la saveur de miel.. Quant à nous, ce fut un savoureux Montecorvo (d'un rouge sang), millésimé 2002, cépage déjà apprécié du temps de Pline. Pour ceux qui à Venise ont envie d'un peu de dépaysement sans trop de surprise, c'est un lieu à recommander. Pour une agréable soirée entre amoureux ou une fiesta entre amis. L'été, la terrasse est des plus agréables, placée dans un recoin du campo, elle permet d'observer les passants. ce n'est pas un spectacle déplaisant. 

Recette gourmande : Filets de bar à l'acqua pazza 

Il vous faut : 600 à 800 g de filets de bar ou un bar entier, 1 oignon finement ciselé, 2 gousses d'ail, 3 cuillères à soupe d'huile d'olive, une dizaine de petites tomates cerises, quelques lanières de poivrons verts, de l'eau, du vin blanc ou du vinaigre, des câpres fraîches, du persil, du cerfeuil et du basilic frais, sel et poivre. 

Préparer le poisson, le couper en morceaux. Mettre l'ail, l'oignon et l'huile dans une casserole à fond épais et assez large. Ajouter deux cuillères à soupe d'eau et laisser évaporer à feu doux jusqu'à ce que ail et oignons frémissent de plaisir. Ajouter le poisson puis mouiller avec un demi-verre d'eau et une ou deux cuillères à soupe de vin ou de vinaigre. Certains recommandent du Cognac. Couvrir et cuire à petit feu. Ne pas remuer le poisson qui s'effriterait. Quand il est presque cuit, saler un peu, augmenter le feu et ajouter les tomates cerises (les plus petites possibles c'est plus joli), les lanières de poivrons, le persil et le cerfeuil ciselés. Couvrir à nouveau et ôter du feu (10/15 minutes en tout), quand les tomates se ramollissent. Ajouter le basilic ciselé. Servir aussitôt avec du riz blanc ou de la polenta. Ce qui est très bon aussi, c'est de dresser le poisson avec des tranches de pain grillé imbibées de sauce et frottées à l'ail avec persil et basilic. Bon appétit ! 

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